|

Histoire d'une conversion
Nous étions mariés
depuis sept ans et avions trois enfants. Nous avions acheté une magnifique
maison à la campagne, proche de chez les parents de ma femme, au cœur de la
Bourgogne et de ses fameux vignobles.

Our home in Origny, France
Nous avions de supers amis avec des enfants des mêmes âges que
les nôtres. Nous étions en bonne santé, les enfants étaient magnifiques. Le
boulot marchait bien, l’argent n’était pas un problème.
Christine a commencé à retourner à l’Eglise après une profonde
conversion et j’y allais aussi, une fois de temps en temps. Ou bien je restais à
la maison avec les enfants pendant qu’elle allait à la Messe. Je me sentais un
peu jaloux de sa relation avec Dieu et l’Eglise. Parfois, ça m’énervait de faire
du baby-sitting et de ne pas être avec elle à faire quelque chose de sympa.
J’avais l’impression que Dieu l’avait enlevée loin de moi. Il
est vrai aussi que je n’aimais pas beaucoup avoir des conversations
spirituelles, cela me mettait mal à l’aise.
J’avais été élevé dans la foi Catholique, avec la Messe du
Dimanche, le Catéchisme, la prière en famille. J’avais été dans une école de
Frères des Ecoles Chrétiennes. J’avais visité tous les couvents de mon pays
natal pour voir ma tante qui était Sœur Franciscaine. Mon oncle était un prêtre
Franciscain et nous passions beaucoup de temps ensemble, nous avons même fait de
longs voyages ensemble. Et pourtant, à seize ou dix-sept ans, ça ne
m’intéressait pas du tout et j’envoyais tout balader. C’était aussi une sorte de
protection de ne pas avoir su ce qui se passait dans l’église pendant cette
période particulièrement agitée. Je suis content que ma Mère ne m’ait jamais
parlé, par exemple, de notre aumônier Scout qui parti pour se marier avec une
Religieuse. Cela m’aurait donné quelques bonnes raisons pour quitter l’Eglise.
Quand j’ai vu Christine retourner à l’Eglise, prier et qu’elle
aimait ça, j’ai réalisé que je n’étais pas pleinement heureux, alors même que
tout allait très bien. Je commençais à regarder en arrière, au temps où je me
sentais plus satisfait. J’aimais alors beaucoup les belles Messes, les églises
pleines, les processions du Saint Sacrement ou les processions pour les Fêtes de
Marie, les cloches et les odeurs d’encens. J’aimais aussi quand, avec ma Maman,
nous préparions des colis de nourriture et visitions les pauvres et les
personnes âgées, à cette époque où il n’y avait ni sécurité sociale ni retraite.
Mais maintenant, j’étais un homme mur, un « business man », je
voyageais partout dans le monde, rencontrant des gens important.

Business Man (à gauche) en
Italie!
Je commençai à
penser : « Je comprends mes frères protestants qui parlent directement à Dieu.
Ils n’ont pas à passer par un prêtre pour la Confession. Ils n’ont pas à
s’inquiéter du rituel de la Messe, à savoir quand s’agenouiller, être assis ou
debout. Ils n’ont pas à s’occuper des Saints ou de le Vierge Marie. Ils parlent
à Dieu, comme d’égal à égal, donc ils peuvent avoir des conversations élevées ».
Quand j’étais un enfant de Chœur, j’avais toujours peur d’oublier ce que je
devais faire, donc j’étais toujours planté là comme un pot de fleur, juste pour
la décoration, ne faisant rien.
J’aime bien les choses simples, donc pour moi la Vierge Marie
était une affaire trop compliquée pour que j’essaye de comprendre.
(Il faut
dire que je ne connaissais pas grand chose de la foi Protestante, non plus.)
Je pensais que le Catholicisme était trop compliqué et je ne
comprenais pas pourquoi nous devions connaître les Saints. Quel était leur
rôle ? La place de la Vierge Marie ? C’était plus facile de supprimer tout ca
que d’essayer de comprendre.
Je voulais juste parler à Dieu directement, de l’un à l’autre,
et tout irait très bien.
J’avais trente deux ans quand Christine et sa sœur piégèrent
leurs maris dans un pèlerinage en Yougoslavie, à travers le Club Med. (On était
les seuls pèlerins au Club Med.)

L'église de
Medjugorje, Juin1984
Comme si ça ne
suffisait pas, elles nous traînèrent la même année à une semaine de retraite à
Ars, en France, avec 5000 personnes. Ars est le village de Saint Jean Vianney,
le bon Curé d’Ars. J’étais d’accord pour cette semaine de retraite, c’était une
bonne façon de se reconnecter. Je ne me sentais pas d’aller voir un prêtre et de
parler. Parler à propos de quoi ? Pourquoi devrais-je parler à n’importe qui de
mes questions intérieures et de ma vie spirituelle quand je pouvais parler à
Dieu directement ? Je n’avais pas besoin de passer par une tierce personne.

Ars 1984
Cette semaine de retraite s’avéra être un rassemblement
charismatique et tout ces gens souriants et exubérant leur joie me tapaient
particulièrement sur les nerfs. Mais bon, j’avais donné une semaine au Seigneur.
J’étais venu pour Lui parler et donc je ne m’occupais pas de tout ce qui se
passait ni des gens autour. Beaucoup d’entre eux faisaient du camping, mais nous
restions à l’hôtel.
La seconde soirée était une soirée de Réconciliation. J’avais
mes yeux fermés et j’étais en train d’essayer de prier quand j’ai commencé à
trembler, je me sentais comme si j’avis mis les doigts dans une prise de 380
volts. Ca passait à travers tout mon corps par vagues successives. Je pensais :
« Pas moi, pas moi, je n’ai rien demandé, je suis juste venu pour voir. Je ne
veux rien faire ».
Je me sentais comme Zachée, je voulais voir mais pas être vu. Je
voulais être un spectateur, pas un acteur. Je savais que quelque chose était en
train de se passer !
Alors quelqu’un
vint vers moi dans ce que j’appelle une vision. Ce n’était pas Dieu, non.
C’était la Vierge Marie.

Marie, telle qu'elle
est représentée a Medjugorje.
Elle était très jeune, très menue et très belle. Elle était à
peu près a 1,50 m au-dessus du sol, comme si elle flottait, mais bien présente.
Elle était dans un pré très vert, vallonné, entouré par de petits murs de
pierres. La Vierge n’a pas dit un mot. Je pouvais voir ses yeux bleus et ses
cheveux foncés, son visage, ses lèvres. Elle était vêtue d’une longue robe ; la
couleur de la robe était très foncée, presque noire, mais pourtant extrêmement
lumineuse. Ca me faisait penser à la couleur des nuages d’orage quand ils sont
frappés par le coucher de soleil en été.
Elle avait un sourire très triste ; elle me regardait, c'est
tout.
Comme je ne savais pas quoi dire ou faire, j’avais l’impression
que je devais lui présenter toute ma famille et mes amis. C’est ce que j’ai
fait, un peu comme si je présentais cette longue file de personnes à ma Reine.
C’est alors qu’elle a vraiment souri, elle se retenait de rire
joyeusement. Je ne sais pas pourquoi elle a ri à ce moment la. Comme elle ne
disait pas un mot, j’avais l’impression que ça voulait dire : « Je te connais et
je connais toute ta famille, tous tes amis ». Ou « Je suis venue pour toi et
seulement pour toi » ou encore « Tu es gentil, c’est trop mignon ce que te
fais » ou quelque chose comme ça. Je me sentais bien, mais timide et
embarrassé. Ca a duré un bon moment et j’avais l’impression que ça pouvait
durer longtemps. Elle salua tout le monde avec son gentil sourire ; je pouvais
voir ses dents, ses cheveux bouger. Il y avait juste un de mes amis qu’elle
n’était pas contente de rencontrer ; j’avais le sentiment qu’elle le trouvait
repoussant.
Sans que je puisse
noter aucun changement dans l’endroit où nous étions, je perçus qu’elle me
guidait vers un endroit plus haut à ma droite. Marie s’est effacée et je me
suis retrouvé devant une grande lumière, rien de ce que j’ai pu voir avant, rien
que je puisse vraiment décrire.

“Comme
il parlait encore, voici qu'une nuée lumineuse les prit sous son ombre, et voici
qu'une voix disait de la nuée : " Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute
ma faveur, écoutez-le. " ”
Matt. 17, 5.
Oui c’était
merveilleux, et seulement quelques années après j’ai pu comparer ça à ce que
j’avais lu des gens qui ont décrit une expérience après la vie ; le tunnel de
lumière et aussi cette immense, magnifique lumière, si puissant.
Je savais que j’étais en Présence de la source de la lumière et
de l’amour. J’étais en présence de Dieu. C’était si bon ! C’était là que j’avais
ma place, là que je voulais passer le reste de ma vie, mon éternité. Je restais
là en contemplation et je ne voulais pas bouger, ne sachant pas ce qui se
passait.
Tout dans ce qui m’entourait avait disparu, je ne sentais plus
la présence de personne, n’entendait plus la musique ni les prières. Je pleurais
de joie mais je devais partir !
Je ne savais pas ce qui s’était passé, je ne pouvais pas en
parler. Il m’a fallu une année complète avant que je puisse parler de cette
expérience à ma femme et encore beaucoup d’années avant que je puisse en parler
à des amis proches, puis que je puisse donner mon témoignage dès que je sentais
qu’il était bon d’en parler, peu importe à qui ou quand. La seule chose que
j’avais décidée sur le moment était de revenir à ce rassemblement l’année
suivante.
Le Seigneur a déversé tant de grâces sur moi après ça, que je
savais que ça c’était réellement passé, que c’était réel. Je commençai à dévorer
les Ecritures, spécialement les Actes des Apôtres (« Dès que je trouvais tes
paroles, je les dévorais. Ta parole m’a réjoui, m’a rendu profondément heureux.
Ton Nom a été proclamé sur moi, SEIGNEUR, Dieu des puissances. » Jérémie 15,
13). Je savais ce que voulais dire manger la Parole de Dieu. Je ne pouvais pas
m’arrêter de lire, je ne pouvais pas m’arrêter de prier. Tout était si clair. Je
savais que ce que je lisais dans les Ecritures était la Vérité. A cette période,
je voyageai énormément dans les pays Musulmans, et dans un de ces pays, il était
interdit d’avoir une Bible. Je la cachais donc dans mes vêtements quand je
passais la douane. Je lisais constamment quand je n’étais pas en train de
rencontrer du monde. Mes concurrents dans les affaires m’appelaient le Cure. De
retour à la maison, je ne pouvais pas voir l’hostie ou prier le Notre Père sans
pleurer abondamment. Je ne pouvais pas rester écouter quelqu’un dire des ragots.
Je me rappelle une fois nous quittions l’Eglise et avons rencontré des amis.
Quand ils dirent quelque chose de négatif, juste négatif sur une autre personne,
je suis parti. Je ne pouvais pas le supporter.
Dans les mêmes temps, il advint que je ne voyais plus que ce qui
était bon, vraiment bon dans les gens et que je ne pouvais voir ce qui n’était
pas bon. Je sentais la présence de Dieu tout le temps ; je pouvais Lui parler et
L’écouter, mais pas seulement Lui, aussi Marie, les Saints, tout spécialement
Saint Joseph.
Je n’ai jamais eu de nouveau cette vision de Marie et de cette
Lumière, du moins je ne le pense pas, mais je sais que j’ai rencontré Dieu d’une
façon vraiment tangible, sensible. Le voile entre le visible et l’invisible
avait été levé pour un bref moment, et ma vie ne pourrait plus jamais être la
même.

Nous avons commencé à prier avec nos amis, fidèlement, toutes
les semaines, pendant des années. Nous avons commencé aussi à faire revivre la
paroisse. Nous avons organisé une chorale et chantions à la Messe du Dimanche,
nous remettions en place des temps d’Adoration, ce qui avait été longtemps
oublié dans cette paroisse. Nous enseignions le Catéchisme, préparions les
jeunes à recevoir le Sacrement de Confirmation, faisions de la préparation au
mariage. Une fois, j’étais dans une chapelle vide d’hôpital, agenouillé et
priant à la première rangée face à l’Autel qui était juste quelques pas plus
loin. Derrière l’Autel, il y avait une peinture de Jésus sur la Croix, on
pouvait voir Jésus avec ses plaies ouvertes et je me suis senti aspiré dans la
plaie de son côté, mais je n’avais pas le courage de continuer donc je
m’arrêtais là. Pour les surfeurs, vous connaissez ce sentiment, quand vous êtes
au sommet de la vague et que vous regardez en bas et vous vous dites « je ne
peux pas faire celle-là ».
Une autre fois pendant l’Adoration, j’étais face à une statue de
Saint Joseph et j’ai senti qu’il était vraiment là avec moi. Je n’avais vraiment
aucun doute sur la présence de Saint Joseph.
Durant tout ce temps, je pensais que tout le monde avait les
mêmes relations avec le monde invisible. J’étais sûr que le Pape avait des
conversations avec le Christ et les Saints, qu’il recevait leur aide, leurs avis
d’une façon très palpable, comme Jehanne D’Arc. En parlant de Jehanne D’Arc, je
dois vous dire cette histoire ; j’avais un ami Catholique qui était en prison
dans un pays Musulman. Ses concurrents avaient trouvé une manière de le piéger
sous couvert d’une affaire de Sécurité Nationale donc il avait été mis en prison
et ne pouvait pas avoir d’avocat. Il était gardé au secret, sans procès pendant
des années, on a quand même pu communiquer a travers des intermédiaires. C’était
totalement injuste ! Et alors j’ai eu un rêve où je voyais son juge dire à mon
ami : « Maintenant vous pouvez partir, vous êtes libre et ne vous lamentez pas
de cette injustice. Beaucoup de gens ont à souffrir d’injustices dans beaucoup
de pays. Regardez ce qui s’est passe en France avec Jehanne D’Arc ! »
Pourquoi avais-je eu cet étrange rêve ? Qu’est-ce que Jehanne
D’Arc avait à voir dans un pays Musulman ?
Enfin, quelques mois plus tard, j’eus un coup de fil de la
secrétaire de mon ami qui était tellement heureuse de me dire qu’il avait été
libéré le jour même. C’était la fête de Jehanne D’Arc.
Une autre fois, je rendais visite à des amis dans le Nebraska et
je devais assister à une fête de Noël pour ma compagnie à trois heures de route
de chez mes amis. Il y avait eu une alerte au blizzard tout le matin à la télé
et à la radio. Il a plu toute la matinée et la pluie glaçait instantanément au
contact de la route. Je décidai donc de partir plus tôt que prévu. J’avais
presque dû ramper pour atteindre la voiture, une immense station wagon des
années soixante qui pesait des tonnes. La route était recouverte d’une épaisse
couche de glace translucide comme le cristal. Sur l’autoroute, il y avait
beaucoup de circulation, tout le monde se précipitant, lentement, pour rentrer
chez eux, les choses devenant agitées. Je conduisais lentement et sans prévenir
la voiture commença à tourner et faire des cercles, je pouvais voir les feux des
voitures venant de toutes les directions à travers le pare-brise, dans le
rétroviseur, j’ai eu juste le temps de dire : « Oh Seigneur non, pas maintenant,
s’il te plaît ! » Je savais que j’allais m’écraser et que ça allait être plutôt
mauvais. Eh bien ça n’est pas arrivé, je suis allé me poser tranquillement sur
le côté gauche de l’autoroute, il n’y avait pas de séparation centrale, et je
me suis arrêté à quelques centimètres d’un grand tas de poudreuse, juste avant
le fossé. Seul dégât, la plaque d’immatriculation avant qui a été légèrement
tordue.
Quelques années plus tard, nous quittions nos familles, amis,
maison, travail, et finalement notre pays pour vivre une vie de prière dans une
Communauté Catholique où les familles pouvaient vivre avec des prêtres,
religieux, religieuses et d’autres familles. Nous avons vendu notre maison et
nos biens, partagé le tout avec nos filles et les pauvres et nous nous sommes
réveillés un matin en réalisant que nous dépendions de Dieu uniquement, en toute
chose.

Monastère de la Visitation 1990
Pont Saint Esprit, France
Nous sommes allés en Terre Sainte et j’espérais y recevoir
encore plus de grâces, de visions. Mais j’ai été très déçu ; j’avais
l’impression de n’avoir rien reçu de spécial, et ce n’était pas vrai, bien sûr.
J’avais ressenti une très forte présence du Seigneur quand nous étions dans la
chambre haute, où Jésus institua l’Eucharistie. Ca n’était pas assez bien pour
moi qui avais toujours reçu tellement ! Je voulais encore plus de bénédictions,
plus de douceurs. Je voulais ressentir la Présence du Seigneur tout le temps.
Mais ça n’est pas arrivé ; le Seigneur avait décidé qu’il était temps pour moi
d’arrêter de boire du petit lait et de commencer à mâcher de la viande. Je n’ai
plus de petits frissons ; je ne pleure pas quand je reçois l’Eucharistie ou que
je dis le Notre Père. Je peux entendre dire du mal des gens et en dire moi-même.
Mais je sais que le voile s’est levé une fois et que tout ce que
j’ai vu ou vécu est vrai. Vivre dans la Présence du Dieu vivant, c’est notre
expérience de chaque jour, Il est toujours avec chacun de nous, toujours
présent, toujours intéressé, toujours attentif : « Je serais avec vous pour
toujours, jusqu’à la fin des temps. » Mt 28 :20.

|